Shop Mobile More Submit  Join Login
Julien franchit la porte, la lumière étincelante de cet été franchissant le seuil avec lui, l'accompagnant dans cet étrange retour vers le passé.
La poussière avait déjà envahit l'espace, recouvrant tout de son linceul terne, une brume sèche piquant les yeux et la gorge.
Quelques éléments du mobilier était restés là lors du déménagement, le petit studio du centre de St Lô ne pouvant décemment pas accueillir 50 ans de meubles entassés au fil du Temps.

Le Temps...
Julien haïssait ce phénomène, ce fleuve indomptable qu'il aurait tant voulu ralentir. Tout ceux qui tentent de le faire n'arrivent qu'à mouiller le bas de leur pantalon, voir l'eau filer entre leurs doigts, et perdre encore plus leur temps. Et voir ceux restés sur la rive vieillir sans eux.
Vieillir... C'est pourquoi ses grand-parents s'étaient résolus à déménager dans un studio en centre ville.
Ce ne fut pas une surprise, Paul, le grand-père, l'avait décidé de nombreuses années auparavant, et toute la famille savait que cela arriverait un jour où l'autre. Cela avait commencé par l'aménagement d'une chambre au rez-de-chaussée, les genoux de la grand-mère devenant trop fragiles pour accéder à l'étage. Puis une aide ménagère, pour le ménage et les courses, prendre la voiture devenant trop pénible. Puis finalement, à la mort du chien, las de ne pouvoir profiter de tout cet espace, ils quittèrent les lieux. Le Temps est implacable, il nous détruit tous, il nous use, comme la mer érode les rochers.

Julien sourit en se disant que Paul était quand même un sacré beau rocher. Que dis-je, une grande colline, une immense montagne! Un repère pour tous. Indomptable, courageux, et têtu comme une mule. Rien ni personne ne pouvait l'arrêter lorsqu'il avait une idée en tête. Et sous sa caboche polie par les années, un esprit toujours éveillé et combatif, à 80 ans passé. Ce bonhomme durait bien mieux qu'une pile Duracel, et ça faisait plaisir à voir.

Un sursaut. Des voix à l'extérieur. Sa femme Émilie, bien entendu, restée dehors pour le laisser avec ses souvenirs. Elle avait toujours su lire en lui, deviner ce qu'il lui fallait. Avant même qu'il ne le sache lui-même.

- Ben qu'est-ce t'attend? Vas-y. Tu prends racine là.
Son grand père était là, sur son fauteuil, à lire le journal.
Il enleva ses lunettes, et planta son regard dans celui du jeune homme.
- Allez, vas rejoindre ta femme, file!
- Mais...
- T'as bien le temps d'être vieux. C'est lorsqu'on a plus de souvenirs que de choses à vivre qu'on peut se permettre de trainer avec eux. Allez, va jouer dehors, profite un peu!
- D'accord Papy...

- Mon coeur, à qui tu parles?
- À personne mon ange, et toi?
- C'est Louise.
Julien s'amusa du petit ton pincé de son épouse.
Il y avait toujours eu une forme de jalousie entre Émilie et Louise.
Mais son amie d'enfance tenait plus lieu de petite soeur que de concurrente, il n'y avait aucun risque.
Bien entendu le rapport entre les deux femmes restait toujours parfaitement cordiale.
Cela dit, c'était attendrissant de voir sa femme sur ses gardes, de sentir qu'elle tenait à lui au point de se méfier de tout représentant féminin, une collègue, une amie d'enfance, une inconnue dans la rue, une PlayStation...
- Oh! Coucou Louise! s'exclama Julien.
-Salut Ju! répondu Louise, avec un clin d'oeil complice.
- Ça f'sait un bail, hein?
- La dernière fois, c'était à ton mariage j'crois.
- Je confirme, dit Émilie. T'as attrapé mon bouquet d'ailleurs. Quand est-ce que tu nous invites au tien alors?
- Quand j'aurais trouvé un futur mari!
- Un capable de te supporter plus de trois semaines tu veux dire! rétorqua Julien.
- Ha! Ha! Je te signale que t'as dû partir dans le sud pour en trouver une, alors pouet pouet!

Elle avait à nouveau 10 ans, ses petites couettes blondes chatouillaient sa joue, son sourire était plein de fossettes et son regard rempli de malice. Il lui tira la langue, elle fit mine de lui donner un coup de pied... Leur rire empli l'univers en une fraction de seconde.
Puis dans un souffle, ils reprirent leur 35 ans.

- Ça fait tout drôle de revenir ici... dit-il.
- Hum... Dis-donc. Tu crois qu'ils ont vidés la cave? demanda Louise, en plissant les yeux.
- Les bouteilles? Chais pas ce qu'ils en ont fait, mais ils ne les ont sans doute pas apportées au studio, y en avait des tonnes! répondit-il.
- des bouteilles? de quoi? demanda Émilie.
- Du cidre qui ne doit plus être bon maintenant mais aussi...
- Du calva! s'empressa de conclure Louise, l'oeil brillant.
- Preum's!
Ils partirent en courant, laissant Émilie sur place la bouche ouverte.
- Ju! La porte est bloquée!
- Faut la soulever, j'arrive.
Un grincement terrible emplie l'atmosphère poussiéreuse.
- On y voit rien là d'dans!
- Atta, j'allume!
Un bref éclair, puis de nouveau l'obscurité.
- Y a plus d'électricité, banane!
- Banane toi-même, spèce de pastèque!
- Pastèque ?!??!
Deux éclats de rire emmêlés envahirent les lieux, ricochant sur les murs.
Julien fouilla à tâtons, et toucha quelque chose de frai et lisse sous sa couche de poussière.
- Hé! J'en ai une! Ho Ho! Même deux!- Vous vous amusez bien là dedans? lança Émilie à la cantonade.
- On a trouvé le trésors de Polo le vert!
- Vous pouvez sortir de ce trou alors? Faites attention, fait drôlement sombre tout de même...

La lumière l'aveugla une seconde, et ce qu'il vit le subjugua.
C'était sa femme, bien entendu, il le savait.
Mais avec ce petit air mi-amusé, mi-inquiet, la mère de ses enfants s'effaçait un instant, pour laisser place à un fantôme du passé.
Il y avait dans ce regard quelque chose de fou, de profond, de magique.
Ils avaient à nouveau 20 ans, elle s'amusant de sa folie, lui admirant sa patience.
Il posa son butin d'un air solennel, fit deux pas vers elle très lentement, d'un air charmeur et sûr de lui, et couru vers elle comme un dératé, pour la prendre dans ses bras et la couvrir de baisées.
Comme s'ils ne s'étaient pas vu depuis des années, comme si c'était la première fois, comme s'ils n'avaient pas encore déteints, rendant l'un plus sage, et l'autre plus audacieuse, comme si l'y avait plus qu'eux sur terre.
- Hé beau brun, mais tu n'as que deux bouteilles là?
- Oui mon ange, et alors?
Alors nous sommes trois.
Et elle bondit, s'engouffra dans la cave, et ressortit au bout d'à peine quelques secondes une autre bouteille à la main.
- Ça alors! Ta femme est croisée avec un chat! s'exclama Louise.
- Miaou! rétorqua Émilie.

Alors le Temps suspendit son vol.
L'après-midi fut peuplé de rire, de nuages, de souvenirs, de calva, de nostalgie et de sourires complices.
Et alors que le soleil couchant sur les aiguilles de l'horloge semblait peindre les premiers points de rouille, le Temps décida de rattraper son retard, et imposer à nouveau sa Loi.
Nos amis décidèrent de dormir sur place, à la belle étoile. Juste pour tirer encore un peu la couverture, pour prolonger encore un peu cette parenthèse. Bon, et puis pour cuver un peu, aussi.
Au petit matin, le moment fut venu de se séparer.
Après des adieux courts et dignes, Julien et Émilie regardèrent Louise prendre la route à dos de scooter, puis pénétrèrent dans leur voiture.
Le véhicule crachota péniblement, l'écho se perdant dans la campagne, la veilleuse vacilla, puis plus rien.
- Merde! Je crois que la batterie est naze!
- Nan, tu déconnes?
- Ben tu vois bien qu'elle ne démarre pas là?
Un ange passa...
- Dis donc, tu ne me ferais pas le coup de la panne quand même ?!??!
Une sourire, une lueur.
Ils avaient à nouveau 20 ans.
Comme au bon vieux Temps...
Ghostwriters

Félix et Nine ont, mardi 4 janvier, lancé l'idée d'un exercice d'écriture à plusieurs.

"Le but est simple. L'idée directrice du texte est fixée au départ, ainsi que quelques autres contraintes. L'idée est donc d'écrire chacun notre texte avec les mêmes éléments de base.
Les textes terminés pourront être dévoilés le 20 janvier. Bien sûr, si vous n'avez pas fini (ou commencé) à cette date, vous pouvez encore participer, mais les autres auront le droit de poster leur version.

Alors, le postulat de base est:
"Un homme revient sur un lieu qu'il a connu des années auparavant et y rencontre des "fantômes" (réels ou métaphoriques) de gens qu'il a connu."

Contraintes:
- L'homme, le personnage principal, s'appelle Julien.
- Il doit y avoir 4 'fantômes' (qui seront soit des personnages vraiment morts, soit des souvenirs, etc, mais que Julien devra avoir réellement connus).
- A chaque fantôme est attribué un rôle dans la vie de Julien et une lettre par laquelle son prénom devra commencer:
Le fantôme dont le prénom commencera par un E sera une relation amoureuse.
Le fantôme dont le prénom commencera par un L sera une relation d'amitié.
Le fantôme dont le prénom commencera par un T sera un ennemi de Julien.
Le fantôme dont le prénom commencera par un P sera un mentor pour Julien.
- Le choix du sexe de chaque 'fantôme/souvenir' est libre.
- Julien et les 4 personnages doivent apparaître mais vous être libres quant à l'importance de leur rôle.
- L'histoire doit intégrer à un moment du récit l'évènement suivant: une coupure de courant.

Règles:
- Le narrateur n'a pas a être obligatoirement Julien.
- Vous êtes libres sur la longueur du texte (mais pas la peine de nous réécrire Guerre et Paix )
- Les participants n'ont pas le droit de montrer leur version avant le 20 janvier (on n'influence pas ses petits camarades!). A cette date ils peuvent la poster où bon leur semblera (en rappelant les règles de l'exercice).
- Chaque participant écrit son propre texte en entier, il ne s'agit pas d'un cadavre exquis.
- Ceci n'est PAS un concours. Il n'y aura pas de classement ou de prix à gagner. "
:icon9-nine-9:
9-NiNe-9 Featured By Owner Jan 27, 2011  Hobbyist Writer
J'aime beaucoup! C'est simple et joli, comme plus de bonnes histoires devraient être.
Bravo et merci d'avoir participé :)
Reply
:iconkiky270281:
kiky270281 Featured By Owner Jan 28, 2011
Merci à toi, à vous. :)
Reply
Add a Comment:
 
×

:iconkiky270281: More from kiky270281


More from DeviantArt



Details

Submitted on
January 20, 2011
File Size
7.9 KB
Link
Thumb

Stats

Views
642
Favourites
1 (who?)
Comments
2
×